Rencontre avec Maxime Possek, résident Filmeur aux Halles du Faubourg

Arrivé aux Halles du Faubourg à l’occasion du nouveau cycle de résidence initié en octobre, Maxime nous raconte son parcours mais aussi le projet qu’il compte mener.

 

Aiguille de Mesure - 18/08-01/09/18 - Vallorcine maxime possek Les Halles du faubourg

Aiguille de Mesure – 18/08-01/09/18 – Vallorcine

 

 

 

Comment ta pratique artistique s’est-elle mise en place ? Es-tu passé par d’autres pratiques avant la vidéo?

 

 

Au tout début de mes expérimentations j’ai fait de la performance, et dès le départ je me suis intéressé à la question du quotidien. A cette époque je venais tout juste de me marier et la dimension amoureuse m’intéressait beaucoup. Je regardais vers des artistes de Fluxus ou encore Robert Filliou avec cette idée que l’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art.

 

Il y a eu un moment traumatisant pour moi; avant les beaux arts de Chalon-sur-Saône, j’étais projectionniste au cinéma Bellecombe dans le 6ème. Ensuite je suis rentré au Beaux-Arts de Lyon, et là on m’a toute suite demandé de créer un objet fini avec une certaine élégance. C’est par réaction à cela que je me suis intéressé au présent et au rien. 

J’ai quitté les Beaux-Arts et cherché une autre école, à cette époque de l’année il ne restait que deux écoles ouvertes sur concours, dont Chalon. Là-bas il y avait parmi les enseignants, Dominique Pasqualini qui à écrit un manifeste dans lequel dès les premières lignes il pose la question de “peut-on enseigner l’art?”. Ce que je voulais c’était justement ça, c’était de douter, et le présent c’est un doute constant. C’est donc là bas que j’ai commencé à écrire, faire de la performance et de la musique. 

Je suis alors passé par une forme de mythologie individuelle, je me suis créé une figure de l’artiste comme celui qui fait de l’art sans vraiment en faire. 

Un jour on m’a fait remarquer que j’allais pas passer ma vie à savoir si je faisais de l’art ou pas et j’ai donc abandonné cette figure de l’artiste. J’ai commencé par filmer mon présent mais c’était très nombriliste. J’ai alors réalisé qu’on avait pas tous quelque chose d’extraordinaire à dire, ce qui pour moi s’est traduit par une sensation d’échec avec la caméra.

 

Je me suis alors rendu compte que j’aimais un cinéma qui n’existait pas. L’idée étant ensuite, si ça n’existe pas je n’ai plus qu’à le faire… bien évidemment j’ai ensuite découvert des gens comme Jonas Mekas ou Boris Lehman qui font du journal filmé et filment le quotidien. Ils se filment beaucoup eux, mais ils filment aussi des paysages et une époque et c’est ça qui m’a intéressé. Je me suis placé comme une espèce de sociologue, scientifique, l’idée était de prendre du recul et de filmer ce qu’il se passe en face de moi. J’ai fini par m’éliminer de mes films au point d’en éliminer l’humain. Au fur et à mesure je me suis intéressé à l’espace dans lequel l’Homme évolue, plus qu’à l’Homme comme sujet. J’aime beaucoup voir comment nous en tant que regardeur on se réapproprie ensuite cette espace. D’où cette mission de bibliothèque du présent que je me donne et pour laquelle je souhaite inviter des gens à aller filmer à leur tour. Demander aux autres c’est mettre mon égo de côté et donner la caméra aux gens qui ont aussi des choses à filmer. C’est une manière de les emmener dans cette angoisse du futur que j’ai. 

 

 

 

Tu te définis comme un Filmeur, pourquoi ce terme plutôt qu’un autre? 

 

 

maxime possek Les Halles du faubourg filmer

 

Je ne l’ai pas inventé, c’est une traduction de l’anglais de filmaker déjà utilisé par des personnes comme Boris Lehman, Joseph Morder, des figures du journal filmé francophone. J’aime bien ce mot car ce sont des gens qui font des films et pas du cinéma. Je ne cherche pas la prouesse technique, ni la grande installation vidéographique. Je reste très attaché à l’espace de projection classique en fait je crois que je n’ai toujours pas choisi mon camp. Je ne sais pas si je préfère voir mes films dans des salles de cinéma ou dans des espaces d’exposition.

Je suis par contre plus du côté du cinéma concernant le temps de mes vidéos. Je ne demande pas cinq minutes d’attention mais bien trente, je demande au gens de me suivre pendant un temps long et d’être hypnotisé. 

 

 

 

Au cours du finissage de l’exposition Rituel de l’Algorithme, qui a marqué le début de ta résidence aux Halles tu as proposé des projections de documentaires en super 8 issus de pellicules que tu récupères un peu partout. Comment s’articule cette pratique de collectionneur par rapport à tes propres films?

 

 

Modestement je compare cette pratique à Aby Warburg qui collectionne et constitue une espèce de grand musée imaginaire. Cette pratique me nourrit en tant que filmeur mais me permet aussi de réaliser que faire un film c’est un peu comme traverser le temps.

 

Dans ma pratique de collectionneur je m’intéresse aussi beaucoup au côté amateur. Dans les films de famille je recherche le côté amateur car il a une très grand sensibilité. Le papa quand il filme ses enfants il les filme comme il les regarde. D’ailleurs les vieux films de famille c’est souvent une histoire de garçon. C’est souvent monsieur qui filme madame qui est entrain de s’occuper des enfants pour montrer plus tard aux enfants comment on s’occupait d’eux. J’ai découvert ça dans la famille de ma femme. Chez moi il n’y avait pas d’image, dans sa famille en revanche ils sont dans une espèce d’expansion d’images qui sont en faite destinées aux enfants. Les images deviennent une espèce de bouteille à la mer pour les enfants. Même si j’aime voir la liberté des gestes c’est surtout la spontanéité générale que l’on peut sentir dans ces films qui m’intéresse. 

 

Dans une interview entre Joseph Morder et Dominique Païni, Morder raconte que pendant mai 68 il avait prit sa caméra mais n’a finalement jamais filmé. Il explique qu’à un moment il faut choisir: “Est-ce que tu filmes ou est-ce que tu vies ? “. En parallèle de cette lecture je découvre la philosophie du Zazen, et je rencontre Jacques Perconte, qui enseigne la vidéo et à une pratique du yoga et de la méditation très importante. C’est lui qui m’apporte cette idée que quand je filme je respire. Quand je pars en tournage maintenant, j’écris très peu et je me pose une quête. Dans les différents endroits que je filme je pars “chercher”, j’ai une carte, un tracé et au moment du tournage je découvre ce que j’ai projeter. La caméra devient secondaire, elle devient le témoin de cette balade. Je prépare mon cadre, ma lumière et mon son et je respire. J’essaie d’enregistrer au maximum les moments de tournage pour qu’au moment du montage ce soit le plus proche de ce que je me souviens de l’expérience. 

Le montage devient ainsi une traduction du présent. 

 

 

 

J’ai appris aussi que tu avais commencé à enseigner. Cette démarche a-t-elle un impact sur le reste de ta pratique?

 

 

C’est la première fois que j’enseigne dans une école d’art à proprement dit, mais avant ça j’ai réalisé des ateliers de cinéma et de photo avec des jeunes de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse). Mon but était de leur faire faire cette expérience du présent pour leur faire comprendre qu’on peut faire des archives de son territoire. Même si la société fait en sorte qu’on ne les voit pas, leur proposer de faire des films ou des photographies c’est leur dire “votre territoire est important” et vous pouvez être acteur de votre propre mémoire. 

Ces ateliers ont été très importants car là, mes films ont commencé à avoir une vraie fonction. 

Maintenant l’enseignement dans cette école de cinéma, c’est un moyen pour moi de continuer à chercher. J’aime aussi pouvoir être confronté à la grande spontanéité des étudiants.  

 

Capture d’écran du film No Border de Maxime Possek qui sera projeté aux Halles du Faubourg le 27 novembre à 20h30

 

 

 

Peux-tu nous parler de ton projet “Memory Films Archives”?

 

 

Il a fallu à un moment créer une structure mentale – une collection – de cette grande bibliothèque du présent, et cette bibliothèque était alimentée par mes films. Au sein de cette collection personnelle j’avais besoin de structures sur lesquelles m’appuyer, et memory films archives devenait cette structure sur laquelle déposer mes films.

 

 

Comment se situe ton projet pour les Halles par rapport à cette première bibliothèque? Et comment peux-tu définir ce projet?

 

 

Le projet des Halles c’est le moment où je réalise que pour cette bibliothèque il faut que je puisse filer la caméra à d’autre. C’est le moment où je me détache de cette recherche égo-centrée pour laisser les gens participer. 

 

 

Dans ce cas que demandes-tu précisément aux gens? 

 

 

J’ai quand même envie de m’attarder sur le paysage, car c’est d’abord ce que je fais. Je ne veux pas perdre de vue mon travail et je veux continuer de m’intéresser au macro. Le but c’est donc d’inviter les gens à filmer ce paysage entendu comme landscape au sens picturale du terme. Une ville est aussi un paysage, un village est aussi un paysage mais je ne veux toutefois pas glisser dans une intimité qui est celle du logis par exemple. Je veux garder une distance. Je recherche ce petit pas en arrière qui permet de prendre du recul. 

 

 

Qu’est ce que ce paysage doit avoir selon toi pour que les gens viennent t’en parler? 

 

 

Le paysage doit résonner. En fait, c’est difficile a dire car je veux laisser la possibilité au public de choisir, mais quand j’ai commencé à parler de paysage j’ai réalisé qu’il évoquait très vite quelque chose de nostalgique, c’est le souvenir. Mon premier film s’appelle le Ruisseau des Abîmes. C’est donc un ruisseau qui coule à Tirieux qui est un village dans lequel il y a la maison de la famille de ma femme. C’est un endroit qui est très lourd vis à vis de nos histoires familiales respectives, que j’ai détesté dans mon enfance et que ma femme m’a fait redécouvrir comme un endroit magnifique à ses yeux. C’est donc un paysage mais aussi un endroit plein de frictions. Finalement ces paysages peuvent être intimes dans ce qu’ils évoquent, mais je ne veux pas que ça viennent de la manière de filmer. 

Les paysages peuvent être plutôt insignifiants, mais c’est dans l’épreuve du temp et les indices imprévus qu’ils vont trouver une forme de chaleur. 

Même si je ne recherche pas directement l’intime, il y a une dimension hautement nostalgique dans le fait de faire un film. Choisir un paysage pour un film c’est aussi le magnifier. 

 

 

le ruisseau de abîmes maxime possek

 

Comment se décidera la manière de filmer?

 

 

Chacun pourra apporter, son regard, son paysage mais je veux rester comme une sorte de modérateurs. Le but n’est pas de ressembler à instagram ou facebook. 

Ce sera donc surement la manière de filmer que j’utilise personnellement. C’est à dire  caméra posée sur pied et prise de son fixe. C’est ce qui me permet d’emmener les gens respirer. Je reproduis ainsi mon expérience de tournage. 

 

 

Que recherches-tu à travers cette résidence ? 

 

 

J’ai besoin d’une résidence pour réaliser ce projet qui me dépasse un peu et dans lequel je ne peux et ne veux pas tout contrôler car je lâche ma caméra. 

J’espère vraiment qu’il va y avoir des gens et qu’ils ressentiront cette même nécessité de filmer, de faire de la mémoire, de filmer le soi. 

 

Maxime possek photo treegazine

Film Treegazine

 

Appel à filmer pour la constitution d’une carte mémoire

Memory Films Archives

 

 

Article rédigé par Lola Carrel

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