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Rencontre avec Ugo Sebastiao, artiste résident aux Halles du Faubourg

À l’occasion de sa résidence dans Les Halles du Faubourg, Ugo nous raconte sa démarche et son processus de création

 

Peux-tu nous parler de ton parcours? As-tu eu d’autres pratiques artistiques que la peinture? 

 

J’ai fait un lycée art appliqué à la Martinière Diderot à Lyon. A cette époque-là, je dessinais beaucoup, que de la ligne en noir et blanc, avec des feutres. J’étais à cette époque principalement intéressé par la figuration libre et le néo-expressionisme. La peinture est arrivée ensuite, elle me permettait peut-être plus de choses ou, du moins, elle me permettait de dépasser le vocabulaire visuel de mon adolescence. 

C’est à partir de la terminale que j’ai vraiment commencé à peindre. Arrivé aux Beaux-Arts, je savais pourquoi j’étais là, j’avais juste envie de peindre. Forcément j’ai quand même essayé beaucoup de choses pendant la première année, de la performance, de la sculpture, de la photographie, du son, toutes ces choses m’ont enrichi et pourraient revenir dans ma pratique si j’en ressens le besoin. 

D’ailleurs, à l’origine j’avais choisi le site de Strasbourg à la Haute Ecole d’art du Rhin car ils avaient une option peinture. J’ai finalement atterri à Mulhouse en option art, ce qui était au début un échec s’est finalement avéré être une très bonne chose. En salle dédiée à la peinture, on partageait un grand atelier à quatre. On avait tous des pratiques très variées les uns les autres et cela m’a beaucoup enrichi. J’avais un prof très ouvert, Ivan Fayard, et on réunissait beaucoup de pratiques différentes à nous quatre. L’un faisait de l’abstraction géométrique, un autre du portrait à l’acrylique…. C’était une salle de peinture où il n’y avait vraiment aucun dogme, et ça m’a beaucoup rapproché d’une démarche que j’ai aujourd’hui et qui confronte des choses très variées. 

 

 

 

 

Tes toiles illustrent régulièrement des sujets classiques voire religieux, pourquoi ce choix? Et comment choisis-tu le sujet ou la scène à peindre? 

 

 

Au début je peignais d’après photo, photographies d’archive ou photographies amateur que je trouvais sur internet. Puis un jour j’ai peint d’après des photographies de peintures, et j’ai trouvé ça très intéressant aussi. La photo permet une distance. Elle fait revenir un sujet à une matière visuelle. C’est ce qui m’intéresse car je ne  cherche pas les qualités d’un point de vue technique et matériel mais plutôt d’un point de vue formel. Petit à petit, utiliser des modèles issus de l’histoire de la peinture m’a permis d’avoir un territoire de recherche plus précis, qui très vite s’est centré sur la peinture italienne du quattrocento au baroque principalement. 

Ça fait un peu moins de deux ans maintenant que je me concentre sur ces périodes-là. Ce qui m’intéresse tout particulièrement c’est qu’aujourd’hui l’art n’a plus vraiment de fonction religieuse, donc quand je reprends ces icônes en tant que sujet, je me concentre sur ce qu’ils avaient à communiquer en dehors de l’aspect religieux, ils deviennent objets, que je transforme pour les révéler à une autre nature. Ils peuvent être interprétés sans avoir forcément une connaissance de l’Histoire de l’Art.

Aux Halles par exemple j’ai peint un Saint-Pierre. Saint-Pierre c’est celui qui a posé la première pierre de l’église catholique. Il est donc lié à l’idée de construction autant d’un point de vue formel que d’un point de vue mythique, c’est ce qui m’a interpellé. En revanche, c’est une anecdote qui me sert personnellement mais que je n’ai pas envie de mettre en avant dans la compréhension de mes toiles.  Je ne veux pas qu’une lecture possible soit donnée au spectateur, c’est à lui de faire sa propre expérience. 

C’est finalement en laissant cette autonomie au spectateur que j’essaie de donner une certaine force à mes productions. 

 

 

Tu évoques régulièrement des références à l’Histoire de l’art par le biais de comparaisons ou d’analogies. Comment ces parallèles nourrissent-ils ta pratique? 

 

 

C’est toute une démarche de collecte qui fait l’œuvre. J’essaie de générer la forme et le concept en même temps, à travers des lectures, des recherches de visuels et d’expérimentations picturales. L’histoire de l’art est donc un outil. Quand je regarde une image de peinture, je prends en compte la technique, les dimensions, le contexte, ensuite je les intègre ou pas, ce n’est pas catégorique, je peux en faire ce que je veux. Je ne donne jamais la référence dans le cartel de mes toiles. Je trouve que ça reviendrait à faire de cette toile un exercice de reconnaissance et ce n’est pas ce que je souhaite. Je souhaite davantage présenter des pièces qui proposent un dialogue avec notre époque contemporaine sans en faire une illustration.

 

 

 

Durant cette résidence tu as recours à l’utilisation de matériaux nouveaux, souvent industriels. Est-ce propre à ton travail aux Halles? 

 

 

En termes de matériaux, l’univers des Halles a vraiment nourri ma pratique, que ce soit par l’utilisation de bombes de peinture ou de peinture chromée. Pour venir à l’atelier je remonte la route de Vienne qui est recouverte de nombreux tags. Cet environnement et ces matériaux m’ont vraiment nourri et je les ai confrontés à ma pratique existante. 

Pour revenir sur le chrome, c’est pour moi une des peintures iconiques du graff et du vandale. Elle a des propriétés visuelles assez fortes et l’aspect chimique du chrome rejoint l’univers industriel du lieu que je vois aussi comme un grand hangar métallique.

Avant les Halles, j’avais commencé à travailler avec le pigment d’argent sous l’influence d’artiste comme Sigmar Polke puis Ida Tursic et Wilfried Mille. Le pigment a des propriétés proches du chrome, de réflexion de la lumière ou de difficultés à lire une image. Il m’intéressait aussi pour son lien historique avec la photographie argentique. 

 

 

As-tu pu réaliser ce que tu voulais comme tu le souhaitais? As-tu vu apparaître d’autres possibilités pendant cette résidence?

 

 

Il y a énormément de choses nouvelles, et ça m’a d’ailleurs demandé beaucoup d’efforts durant les deux premiers mois de ma résidence. J’ai dû m’acclimater, enregistrer tout ce qui se passait autour de moi. Tout cela m’a pris du temps, mais ensuite ça c’est très vite enclenché. L’espace permet beaucoup d’expérimentations, avoir un espace avec beaucoup de liberté gestuelle et matérielle me permet de poser une toile par terre, de mettre de la peinture dessus, ou encore de balancer des acides dessus pour voir ce qu’il se passe. Tout ça, ça m’a permis de constituer un catalogue de techniques et de matériaux qui me servira encore après la résidence. 

 

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On se rapproche à grands pas de l’exposition collective, comment envisages-tu la question du collectif qui se pose? 

 

 

Devoir s’adapter à un espace et aux autres ce sont de bonnes contraintes. Finalement avoir une structure c’est plus simple que d’avoir trop de liberté. Carl André, quand il réalisait une pièce, se donnait la contrainte d’utiliser les matériaux présents sur le territoire qu’il allait investir. Certaines pièces qui ont des obligations créent un point de départ autour duquel on va pouvoir jouer. On peut ensuite créer un équilibre dans lequel les pièces se répondent de manière didactique, ou alors inattendue. L’accrochage c’est un jeu finalement.  

 

 

 

 

Lola Carrel.

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